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November 25 & 26, 2022
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Pour une grande forêt primaire européenne

Wednesday the 20th of July 2022

Pour une grande forêt primaire européenne

À l’initiative du botaniste Francis Hallé, l'association Francis Hallé agit pour la création d'un vaste espace de dimension européenne de 70.000 hectares, dans lequel une forêt évoluera de façon autonome, c'est à dire sans intervention humaine.

Faut-il encore vous présenter ? Vous êtes l’un des plus grands botanistes et biologistes. Vos expéditions du « Radeau des Cimes » nous ont fait découvrir votre radeau au-dessus des cimes et l’incroyable vie des arbres et des forêts. Que devons-nous faire, individuellement et collectivement, pour assurer la survie de ce patrimoine vivant, et, au passage, notre survie sur cette planète ?

Francis HALLÉ : Que pouvez-vous faire pour la forêt ? Eh bien par exemple, individuellement, le plus utile est d’adhérer à notre association, via la plateforme HelloAsso. Cela nous donnera les moyens d'initier la renaissance d'une forêt primaire en Europe de l'Ouest, un espace de nature en libre évolution, c'est à dire croissant de manière autonome, développant et renouvelant, sans intervention humaine, sa flore et sa faune. Votre soutien sera utile pour que soient créées les conditions concrètes (scientifiques, techniques, juridiques, foncières...) de son développement et, à terme, de la constitution d’un réseau de grands espaces naturels intacts. Collectivement, il est certainement possible de faire davantage, par exemple en soutenant officiellement notre projet auprès du gouvernement français et de la Commission Européenne, en profitant de ce que Emmanuel Macron préside l'Europe.

Vous vous êtes attaqué à un projet monumental en créant cette association pour la forêt primaire. Pouvez-vous nous rappeler l’importance des forêts primaires pour la vie ?

Une forêt primaire, qualifiée parfois de « forêt ancienne » ou de « forêt vierge », contient une biodiversité maximale quelle que soit la latitude considérée. Les arbres les plus âgés atteignent, chacun dans sa propre espèce, des dimensions maximales en hauteur, en diamètre de leur tronc, en étendue de leurs racines. Grâce à eux, les sols forestiers sont particulièrement fertiles. Par ailleurs, les vieilles futaies stockent infiniment mieux le carbone que les plantations de jeunes arbres, ce qui joue un rôle majeur dans l'équilibre du climat. Une attention particulière doit être accordée à ce que les troncs morts soient laissés au sol ; la décomposition du bois attire une faune et une flore spécifiques, qui garantissent l'initiation des chaînes alimentaires conduisant jusqu'à la grande faune. La forêt primaire est aussi exceptionnellement belle, ce qui n'est pas un aspect mineur, bien au contraire. La beauté n'a pas eu jusqu'à présent la place qu'elle mérite dans les écrits scientifiques. Elle a un rôle biologique, et permet aux êtres humains de ressentir avec force l'importance du vivant.

Pouvez-vous nous décrire ce projet de forêt primaire en Europe ? Comment pouvons-nous participer concrètement à ce projet ?

L'implantation, qui n'est pas encore déterminée, se ferait sur une zone transfrontalière entre deux pays, la France et un autre territoire européen, peut-être la Belgique ou l'Allemagne, et requiert au moins 70 000 hectares, pour laisser la place à la grande faune. L'installer sur le temps long est primordial : sept siècles seront nécessaires pour donner le temps de croître à trois forêts successives : pionnière, post-pionnière et, pour finir, primaire. Si vous voulez en savoir plus, je vous invite à consulter le site de l’association sur lequel nous indiquons toutes les avancées du proje, et à vous inscrire à notre lettre d’information. Vous pouvez également lire mon Manifeste pour une forêt primaire en Europe de l'Ouest, paru chez Actes Sud en 2021.

Participer concrètement ? Le plus utile est de convaincre les instances internationales de l'importance d'avoir une forêt primaire en Europe de l'Ouest, et donc de soutenir ce projet auprès des pouvoirs politiques nationaux et européens. Si l'Europe reconnaît qu'elle a commis une lourde erreur écologique en rasant ses dernières forêts primaires, et si elle travaille à présent à en faire renaître une, cela aura un impact philosophique et même politique qui pourrait être décisif. En effet, certains dirigeants des pays tropicaux, parmi les plus destructeurs des écosystèmes forestiers à l'échelle mondiale, pensent que le développement économique est rendu possible par la déforestation et l'encouragent. Leur faire la leçon sans admettre que l'on s'est trompé a moins de poids. Il faut les convaincre que les forêts sont absolument cruciales pour que la planète demeure vivable.

Il faut néanmoins signaler que, sauf cas particulier (Brésil) ce ne sont pas les pays tropicaux qui détruisent leurs propres forêts, ce sont des entreprises multinationales basées dans les pays riches, très éloignés des tropiques ; d'ailleurs beaucoup sont françaises (Leroy, Bolloré, etc.).

Vous participerez à l’Université de la Terre, en novembre prochain à l’Unesco. Que voulez-vous dire aux nombreux citoyens qui seront présents ?

Devant le public, j'ai prévu de développer cinq idées principales :

- Que 70 000 hectares ce n'est pas très grand, c'est un carré de 26 kilomètres de côté. Dans les Landes, l'être humain a planté un million d'hectares de pins, nous devrions être capables de protéger scrupuleusement 70 000 hectares de forêt naturelle.

- Que les USA, le Canada, la Russie, le Japon, la Nouvelle Zélande et l'Australie ont conservé des surfaces significatives de leurs forêts primaires d'origine... et s'en trouvent fort bien.

- Qu'il n'est pas conforme aux traditions culturelles et esthétiques de l'Europe de se contenter de forêts secondaires, trop basses, trop jeunes, aux sols appauvris par l'exploitation des bois, sans canopées, avec une grande faune décimée par la chasse.

- Que notre site, lorsqu'il sera choisi, sera laissé "en libre évolution": ce n'est pas coûteux, c'est la nature qui travaillera.

- Qu'à surface égale, la forêt primaire rapporte beaucoup plus si elle est ouverte au public et à la recherche scientifique, que si on l'exploite pour son bois.

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