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Rendre la sobriété désirable représente le défi ultime de l’humanité

Mardi 08 Mars 2022

Rendre la sobriété désirable représente le défi ultime de l’humanité

Fabrice Bonnifet, directeur développement durable & qualité, sécurité, environnement pour le Groupe Bouygues et président du C3D, alerte sur la nécessité d'adopter un mode de vie bas carbone.

Après la publication du dernier rapport du GIEC, un chiffre marquant sur la vulnérabilité de plus de 3 milliards d’êtres humains a été largement relayé. Comment le secteur de la construction et du bâtiment peut répondre à ces conséquences du réchauffement climatique ?

Fabrice BONNIFET : Le bâtiment c’est plus d’un quart des émissions de CO2 mondiales, et comme les autres secteurs, il va devoir réduire son empreinte carbone d’un facteur 3 en 30 ans, c’est juste énorme. Pour y parvenir, nous avons besoin d’un ensemble de solutions qui doivent être mises en œuvre simultanément. D’abord il convient de rénover en priorité, lorsque c’est possible, au lieu de démolir. Puis nous allons devoir : rendre réversible les infrastructures pour allonger leur durée de vie, décarboner la fabrication du béton et de l’acier, privilégier les matériaux biosourcés, isoler les bâtiments et les doter de systèmes de monitoring des consommations, accroitre l’intensité d’usage en hybridant les espaces, auto-produire les flux physiques nécessaires au fonctionnement des ouvrages, intégrer l’électro-mobilité au bâti et surtout réemployer un maximum les matériaux existants …..Bref il y a des solutions, il reste à les rendre désirable auprès de tous les acteurs de la chaine de décisions.

Vous promouvez l’économie de la fonctionnalité, comme outil d’adaptation face au contexte actuel. Comment celle-ci peut être appliquée aux diverses activités du Groupe Bouygues ?

En inventant le modèle du bâtiment banque de matériaux chez Bouygues Construction par exemple ! Grâce à la maquette numérique nous pouvons facilement créer le jumeau numérique d’un ouvrage et donc savoir précisément quels en sont les éléments constitutifs. Les industriels producteurs de matériaux et d’équipements auront de moins en moins intérêt à vendre leurs produits et seront incités à les conserver en les louant, car les ressources se raréfient, les prix des matières premières explosent et l’énergie grise de transformation également. L’idée est de dissocier la vente d’un ouvrage de ce qui le compose et donc de faire en sorte que les équipements, y compris ceux qui constituent la structure, puissent être facilement démontés, puis remonter ailleurs comme des briques de « Légo ». Dans cette logique, nous conservons la valeur des matériaux sur une très longue durée et on peut même en faire des véhicules d’épargne… d’où la notion de banque de matériaux. En outre, cela participera à créer des nouvelles façons de financer les ouvrages.

Mais en attendant cette disruption, l’économie de la fonctionnalité dans le bâtiment se traduira par une gestion des espaces par le yield management, l’objectif est désormais de moins construire, mais de faire en sorte que les ouvrages soient 3 ou 4 fois plus utilisés et donc plus partagés entre plusieurs catégories d’usagers. Ainsi nous allons passer d’une logique de consommation de kWh par m² à KWh par utilisateur.

Selon vous, cohérence et sincérité sont les prérequis pour une action efficiente au service d’un monde bas carbone. Pouvez-vous nous citer des exemples d’actions, de personnes, d’entreprises qui allient ces deux qualités ? 

Le plus simple pour répondre à cette question est de lire l’Entreprise contributive, concilier monde des affaires et limites planétaires. Edition Dunod. Les exemples sont nombreux mais désormais nous devons créer une dynamique, un mouvement pour entraîner toutes les entreprises vers ce type de modèle.

Vous prenez régulièrement la parole pour alerter les consciences. Vous avez récemment insisté sur la nécessité, pour les médias, d’un retour à l'essentiel. Comment pousser les médias à assurer cette responsabilité ?

Si j’avais une solution pour cela nous n’en serions pas là ! L’écrasante majorité des journalistes, comme toute la population, n’ont compris ni les enjeux associés à la crise climatique, ni surtout l’urgence. Et ceux qui l’ont à peu près compris, ont bien du mal à se faire entendre tellement l’illusion du monde infini est encore puissamment ancrée dans notre culture économique. Il convient de faire émerger le besoin du non besoin si nous voulons enrayer la crise climatique. Rendre la sobriété désirable représente le défi ultime de l’humanité. Il y a hélas très peu de chance d’y arriver tant que les dérèglements climatiques ne toucheront qu’une minorité de personnes, mais les années à venir vont généraliser le chaos climatique, espérons que la crise aigüe qui se profile nous aurons encore les moyens de ralentir l’inéluctable.

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